Capucine Lageat
& Antoine Perroteau

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Ivry-Port, Glissements paysagés

On entend au loin le bourdonnement du périphérique, ici le bruissement d’un dernier silo isolé, là le fracas d’une pelleteuse ramassant les restes d’un entrepôt démolit. En marchant le long de la Seine on se retrouve à admirer le passage langoureux d’une péniche totalement vide. Au détour d’une friche on cherche à se hisser au dessus de la barrière pour découvrir un peu plus le paysage qui se dessine, on y admire un instant les herbes sauvages; elles semblent s’être installées il y a bien longtemps. Aux abords de l’ancienne imprimerie du journal Le Monde on aperçoit un petit groupe d’ouvriers finissant leur journée. En dehors des chantiers les travailleurs se font rare dans le quartier d’Ivry-Port. À la vue des panneaux des promoteurs immobiliers on s’attend à voir débarquer d’un jour à l’autre une armada d’employés de bureaux. D’ici là le temps semble s’être arrêté en même temps que les usines, reste à voir ce qui émergera de ce vide.

Ce quartier industriel n’est pas conçu pour la marche, cela n’empêche pas de nombreux piétons de traverser quotidiennement la zone vide et inadéquate. Les joggeurs qui parcourent le quartier au plus vite, et les adolescents qui cherchent à passer le temps à l’abris des regards, se croisent, parfois, aux alentours de la passerelle traversée des tuyaux de chauffage urbain. C’est ce point de vue du passant incongru que nous avons cherché, tant par nos photographies que par notre film; ce regard, qui ne manquera pas de s’interroger sur les aménagements en cours, dévoile les glissements de ce paysage vers l’inconnu.


Ce projet à bénéficié de la bourse Premier Plan attribué par le Collège International de la Photographie du Grand Paris avec un suivi réalisé par Cyrille Weiner et Francis Jolly.